Poison City, de Tsutsui Tetsuya

Cela faisait longtemps que je n’avais pas plongé dans du manga, surtout dans du manga de cette qualité.

Poison City, de TSUTSUI Tetsuya, entrecroise génialement l’histoire d’un mangaka et de son oeuvre. À l’approche des Jeux Olympiques de Tokyo de 2020, et suite à un fait divers, un Comité d’Éthique et de Censure est créé au Japon, pour surveiller (et punir) les oeuvres dites subversives (voire conduire des actions contre leur mangaka).

Un jeune dessinateur, Hinibo Mikio, vient de signer, chez un grand éditeur, sa future série d’horreur… Dans ce contexte de pression insidieuse, comment va-t-il pouvoir créer ?

Se basant sur l’histoire du fameux Comics Code Authority, qui, aux États-Unis, fut la déclinaison au niveau des comics du MacCarthysme, mais se basant également sur sa propre expérience personnelle (un de ses mangas, Manhole, fut classé comme une « oeuvre nocive pour les mineurs » avec « incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes » dans la région de Nagazaki), Tsutsui Testuya fait bien plus que ça, et explore la question par le petit côté de la lorgnette. Alors que son manga aurait pu être une charge bête et méchante, ou ne vouloir servir que sa lutte personnelle, cette oeuvre (en seulement 2 volumes) montre les errements des créateurs, leur tendance à envisager l’auto-censure, à essayer de trouver de mini-parades ridicules, plutôt que d’essayer simplement de faire leur oeuvre la meilleure possible.

Cela m’a énormément fait penser, également, à la charge contre les Jeux de rôles dans les années 90 (aussi bien aux États Unis qu’en France…), ou encore aux dérives télévisuelles que l’on voit fleurir dès qu’un(e) adolescent(e) commet un crime en relation explicite à une oeuvre… Faut-il parler du film « Scream » ? Faut-il parler de « The Catcher in the Rye » et de l’assassinat de John Lennon ?

Bref, ce Poison City est un manga éclairant et vraiment intelligent. Interrogatif, plutôt que bêtement affirmatif. Bref, loin du monde blanc ou noir de la censure et de certains anti-censure…

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